Le vendredi 17 avril 2026, le Club de la presse culturelle africaine de l’Association NO’OCULTURES recevait l’artiste auteur, compositeur et interprète d’origine française pour la présentation de son nouveau single intitulé « Jiggen ». Une quinzaine de journalistes se sont réunis pour échanger avec cet artiste d’origine européenne, dont le parcours s’inscrit dans une dynamique profondément créolo-métissée.
De son vrai nom Sébastien Piémontesi, il développe dès le bas âge une fascination pour l’Afrique. Cette inclination le conduit en Guinée, précisément à Conakry, une étape déterminante où son parcours artistique s’enrichit, se transforme et s’ancre dans de nouvelles influences. C’est dans cet espace qu’il se nourrit des mélodies sociales et culturelles de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, loin des postures extérieures souvent superficielles, il s’immerge dans la vie quotidienne de manière libre et spontanée, développant une sensibilité singulière au monde, particulièrement à celui du continent africain.
Aujourd’hui installé au Sénégal, Sébastien revient sur la scène sous une nouvelle identité artistique, SEIBE, après une longue absence durant laquelle il s’est consacré au chevet de sa fille malade. SEIBE, nom issu de la Guinée-Conakry, signifie messager, celui qui chante ou transmet un message. Sous cette appellation, il propose un univers musical mêlant son héritage acoustique des années 2000 aux sonorités africaines contemporaines. À travers des titres comme L’espoir du Sénégal et Je suis Africain, il affirme son passage de la France vers un itinéraire culturel et artistique entre Conakry et Dakar. Aujourd’hui, il présente son nouveau morceau « Jiggen », terme wolof signifiant « femme ».
Du vécu personnel à une portée universelle
« Jiggen » s’inscrit dans un registre d’Afropop moderne, à la fois intime et universel.
Ce morceau prend racine dans une expérience personnelle marquante. Face à la maladie de sa fille, SEIBE choisit de suspendre sa carrière afin de l’accompagner et de la soutenir. Cette épreuve transforme profondément son rapport au monde et oriente son regard vers la condition féminine.
Au fil de ses déplacements entre Conakry, Dakar et d’autres espaces, cette expérience personnelle s’élargit en une prise de conscience plus globale de la vulnérabilité des femmes dans les sociétés contemporaines, particulièrement celles de l’Afrique. Composer ce morceau devient alors un geste à la fois intime et politique, une manière de protéger symboliquement sa fille, mais aussi de dénoncer les violences et les formes d’exploitation subies par les femmes.
Il s’agit d’un appel à la protection, au respect, à la non-violence et à la valorisation de la figure féminine. Ici, la femme n’est plus réduite à un cliché, mais pensée comme un véritable sujet social. À l’image de la Grande Royale dans L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, figure emblématique de puissance et de lucidité, SEIBE met en avant une femme actrice, pensante et transformatrice de la société. « Jiggen » devient ainsi un espace de médiation sensible, porteur d’un message universel de dignité et de reconnaissance.
Jiggen, de la créolisation au métissage
Dès son enfance, SEIBE nourrit le désir de découvrir l’Afrique, une aspiration qu’il concrétise en s’installant en Guinée-Conakry. Ce déplacement ne relève pas d’un simple trajet géographique, mais d’un processus de transformation symbolique. La rencontre avec d’autres cultures, d’autres pratiques et d’autres manières de penser le monde engage une mutation profonde de son identité artistique.
Son nom d’adoption, SEIBE, en constitue une première manifestation. Il matérialise une reconnaissance sociale et culturelle, celle d’un artiste dont la parole résonne au sein des communautés qu’il traverse. Dans cet environnement marqué par la pluralité des influences musicales, linguistiques et sociales, il est confronté à une diversité de codes et de pratiques.
Ce contexte favorise un processus que l’on peut rapprocher de la créolisation au sens d’Édouard Glissant, une transformation imprévisible née de la rencontre des cultures. SEIBE se redéfinit ainsi dans un mouvement continu, au contact de ces interactions multiples.
Actuellement installé à Dakar, il prolonge ce processus amorcé à Conakry avec une intensité accrue. Si Conakry représente une forme de naissance symbolique, Dakar incarne davantage un espace de maturation artistique. La richesse des traditions sénégalaises, notamment la langue wolof, ainsi que la vitalité de la scène contemporaine, nourrissent et structurent son évolution.
Le parcours de SEIBE, entre ces différents territoires, est marqué par des dynamiques de rencontre et de transformation culturelle. Il ne constitue pas un aboutissement, mais une ouverture vers le métissage, entendu comme une mise en forme perceptible et structurée des influences.
Cette trajectoire se matérialise dans ses productions musicales, notamment avec Je suis Africain, où il affirme une appartenance culturelle construite. Le single « Jiggen » apparaît alors comme l’aboutissement provisoire de ce processus de créolisation.
Ce morceau se présente comme un espace de dialogue entre langues et rythmes. Le choix du wolof dans le titre, langue Dakaroise, est déjà significatif. Dans la composition, l’artiste articule le wolof et le français à travers ses lignes vocales, créant une hybridation linguistique.
La pièce s’inscrit dans une esthétique Afropop urbaine contemporaine, caractérisée par l’articulation entre des beats électroniques issus de la pop moderne et des rythmiques d’Afrique de l’Ouest. « Jiggen » devient ainsi une forme de métissage sonore, structurée et perceptible.
Le single « Jiggen » de SEIBE dépasse la simple performance musicale, il constitue la trace sonore d’un parcours culturel, artistique et social. De Conakry à Dakar, son itinéraire fonctionne comme un véritable laboratoire de créolisation et de métissage, transformant une expérience intime en œuvre à portée universelle.
À travers sa voix, l’artiste dénonce les violences faites aux femmes et déconstruit les représentations stéréotypées, en les replaçant dans un contexte contemporain et urbain. Il se positionne comme un messager, refusant toute assignation identitaire figée. Pour lui, l’identité est une matière vivante, en constante transformation, nourrie par le mouvement.
Ce projet musical hybride invite ainsi à dépasser les catégories rigides. Il propose une écoute ouverte, attentive aux circulations culturelles et aux mutations identitaires. Il engage à penser la création comme un processus dynamique, où métissage et créolisation deviennent des principes structurants et durables de l’expression artistique contemporaine.
À partir de cette trajectoire et de l’observation des dynamiques qui traversent sa création, une interrogation demeure. Que peut-il encore apporter de nouveau ? Ici, certainement, se dessine alors la perspective d’une orientation musicale renouvelée, ouverte à d’autres espaces culturels, où le mouvement continue d’agir comme moteur de transformation esthétique.
Par Ismail Nsangou




